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Riproduciamo un articolo di Rolande Falcinelli, apparso nei « Cahiers de l'orgue » n° 3 (quarto trimestre 1961), pubblicazione degli « Amis de l'Orgue de Toulouse et du Sud-Ouest », diretta da Joseph Darasse e ora non più esistente. Sembra che questo studio dovesse comportare due parti: « Estetica della fabbricazione » e « Estetica della musica » composta per quel tipo di strumento, ma, per il momento, non è stato possibile rintracciare la seconda parte, nè nell'edizione a stampa, nè nelle minute di Rolande Falcinelli, fra cui figura, invece, il manoscritto del testo riprodotto di seguito. E' leggitimo chiedersi, quindi, se l'autrice abbia scritto o meno (mancanza di tempo?) la seconda parte annunciata. Chissà se, fra i nostri lettori, esiste qualche collezionista che ha conservato la serie completa dei numeri di questi « Cahiers de l'orgue » e che può dirci se la parte sull'estetica della musica romantica è stata pubblicata o meno? Comunque sia, quest'articolo presenta delle riflessioni personali che illustrano adeguatamente il pensiero dell'autrice, sia nella sua ricerca di un « giusto equilibrio » tra gli ideali che hanno infiammato la storia umana, che nella sua predilezione di una visione ispirata dall'evoluzione musicale piuttosto che dallo sterile storicismo, causticamente stigmatizzato.
Sylviane Falcinelli

Nous reproduisons ici un article de Rolande Falcinelli, paru dans les « Cahiers de l'orgue » n° 3 (dernier trimestre 1961), défunte publication des « Amis de l'Orgue de Toulouse et du Sud-Ouest » présidés par Joseph Darasse. Il semble que cette étude devait comporter deux parties: « Esthétique de la facture », puis « Esthétique de la musique » composée pour ladite facture, mais la seconde partie n'a, pour l'heure, pu être retrouvée, ni sous forme imprimée, ni dans les brouillons de Rolande Falcinelli, où figure bien le manuscrit du texte que l'on va lire ci-dessous. Au point que l'on est fondé à se demander si l'auteur a jamais écrit (manque de temps ?) la seconde partie qu'elle annonçait. Peut-être se trouvera-t-il parmi nos lecteurs quelque collectionneur toulousain qui aura conservé la série complète des numéros de ces « Cahiers de l'orgue », et qui saura nous dire si, oui ou non, la partie sur l'esthétique de la musique romantique est parue ? Quoi qu'il en soit, cet article présente quelques réflexions personnelles qui illustrent bien la pensée de l'auteur, à la fois dans sa recherche d'un « juste milieu » entre réactions successives déchirant l'histoire humaine, et dans son attachement à une vision dictée par l'évolution musicale plutôt que par un historicisme stérilisant dénoncé avec une certaine causticité.
Sylviane Falcinelli

We publish here a Rolande Falcinelli’s article, firstly issued in the third number of the « Cahiers de l'orgue » (fourth quarter of 1961), once printed by the association « Amis de l'Orgue de Toulouse et du Sud-Ouest » under the direction of Joseph Darasse. Apparently, this essay was meant to include two parts: « Aesthetic of the organ building », then « Aesthetic of the music » composed for such instruments, but the second part, at the moment, has not been found, neither printed or handwritten (in contrast with the following article, that we could find as a manuscript in the Rolande Falcinelli’s private collection). One could even doubt whether our Author has ever written (by lack of time?) the planned second part. Maybe someone among our readers owns the complete collection of the « Cahiers de l'orgue », and therefore could be able to tell us if the part regarding the aesthetics of the romantic music has ever been published? Anyway, this article presents some very personal opinions of the Author, both in her quest of a balanced view of the struggling human ideals throughout history, and in her bonds to evolutionary musical dynamics, rather than to a sterile, caustically stigmatized historicism.
Sylviane Falcinelli


Étude sur l'orgue romantique

Il semble impossible à un musicien, lorsqu'il parle d'une époque de l'évolution organistique, de dissocier l'art de la facture de celui de la composition musicale. C'est pourquoi il est bon de traiter à la fois de l'esthétique de la facture et de l'esthétique des compositeurs qui ont écrit pour l'orgue dit romantique, ou symphonique.
De nos jours, la dénomination orgue symphonique est plus logique, non pas par souci d'annexer l'orgue à la technique de l'orchestre, mais parce que l'esthétique créée par les grands Maîtres de la deuxième moitié environ du siècle dernier n'est pas morte, quoiqu'en disent ou pensent ses détracteurs. Elle évolue.
Pour cette raison, le terme "symphonique" est préférable, parce qu'il échappe au concept du temps; alors que le terme "romantique" situe une fraction d'histoire.

ESTHÉTIQUE DE LA FACTURE:

Ce n'est pas le lieu de faire une sèche description historique de ce que furent les recherches, expériences et adjonctions des différents facteurs d'orgue français et étrangers du XIXème siècle. Les ouvrages spécialisés, dictionnaires de musique, encyclopédies, renseigneront les lecteurs immédiatement et avec précision.
Le dessein de ces lignes est de parler d'esthétique et d'essayer de réhabiliter les chefs-d'oeuvre que cette esthétique a donnés, auprès de ceux qui ont encore des oreilles impartiales pour entendre !

Puisqu'il s'agit précisément d'esthétique, et que ce mot, en définitive, détermine ce qui est beau, il est naturel d'en venir immédiatement à l'esthétique de Cavaillé-Coll.
Avant lui, l'orgue du XIXème siècle était en général franchement mauvais. Différents facteurs cherchaient, et trouvaient parfois, des systèmes qui, isolément, pouvaient apporter un certain perfectionnement matériel, mais dont la réalisation n'était pas toujours heureuse.
Les compositions d'orgue étaient défectueuses, voire ridicules, et l'harmonie... mieux vaut sans doute n'en point parler. Il faut bien le dire, si l'on rencontre un orgue de cette époque, il n'y a généralement pas grand-chose à en garder. Il n'en va pas de même lorsqu'il s'agit d'un Cavailllé-Coll, nous verrons pourquoi plus loin, et les véritables massacres auxquels furent soumis certains d'entr'eux sont inexcusables.

C'est lui, le grand Aristide Cavaillé-Coll, qui a su porter à son apogée l'orgue de ce siècle, et créer à quelques détails près le type idéal de l'orgue symphonique. Sa géniale intuition sut assimiler les découvertes de ses confrères et les mener à une réalisation plus parfaite qu'ils n'avaient pu le faire. D'autre part, ses propres améliorations ont apporté des avantages multiples et inappréciables. Enfin, la perfection de fabrication de sa facture, la beauté incomparable et jusqu'à présent inégalée de l'harmonisation, toutes ces qualités réunies font des instruments sortis de ses ateliers, des chefs-d'oeuvre qui perpétuent la gloire de son nom.

De plus, il s'entoura de maîtres harmonistes de la plus grande valeur, et les jeunes organistes devraient aussi connaître les noms de: Bonnaud, Félix et Gabriel Reinburg – Saint-Sulpice et Notre-Dame, notamment, furent harmonisés par Gabriel, l'aîné des frères Reinburg. Puis, plus près de nous, Jean Perroux qui fut leur élève direct, auteur des anches et des fonds particulièrement admirables du Sacré-Coeur de Montmartre.

Evidemment, il y a des instruments de grandeur moyenne signés de Cavaillé-Coll, dont la composition ne permet pas de jouer la musique classique correctement registrée d'après les normes de son époque. Le manque de mixtures et de mutations de détail de ces compositions font le jeu des adversaires de ce type d'orgue.
Eh bien ! Disons tout de suite qu'au lieu de démanteler la beauté de ces monuments sonores dont certains devraient être historiques, il y a moyen d'ajouter avec discrétion, mesure, les quelques mixtures et mutations qui manquent.

Certes, le caractère spécifique de l'orgue classique ne serait pas reconstitué pour autant, étant donné la plénitude harmonique, très « ronde » et sans heurt, très particulière à l'orgue de Cavaillé. Cependant, est-on bien certain que la musique n'y gagnerait pas ce que l'historicité y perdrait ?... Et un organiste n'est-il pas avant tout, et devrait être encore plus que tout autre... un musicien, un musicien vivant qui travaille dans la pâte sonore vivante qu'est la musique? Ou se veut-il exclusivement conservateur de musée, se retranchant délibérément du monde musical en évolution par une spécialisation excessive, dans un passé, certes, riche et beau, mais où l'on fait intervenir le Jugement Dernier vers la fin du XVIIIème siècle !

Par ailleurs, avant de jeter la pierre au facteur, quant à ses compositions, il faut comprendre que trois éléments interviennent malheureusement dans la composition d'un orgue. Éléments dont un est matériel, les deux autres d'ordre psychologique.

Il y a, tout d'abord, l'élément commercial. Oui, il faut bien en parler, car enfin, si Cavaillé-Coll, par exemple, pouvait dans son dévouement à son idéal scientifique, se permettre d'ajouter en cours de travaux la dernière-née de ses précieuses inventions, sans pour cela augmenter le prix initial de son devis (au fait, y a-t-il, avant et après lui, beaucoup de facteurs qui firent cela ?), il était impossible d'imposer à un clergé ou à un organiste aux idées préconçues (il y en eut de tous temps !) des pleins-jeux dont ils ne voulaient pas.
Maurice Duruflé, dans un récent et magnifique article paru dans « L'Orgue » n° 97, rapporte qu'il eut sous les yeux, lors de l'inauguration d'un orgue breton, un devis de la construction initiale de cet orgue, signé de la main de Cavaillé-Coll. Dans ce devis, le facteur proposait un Plein-Jeu au Récit, un autre au Positif, une Fourniture et une Cymbale au Grand-Orgue. Visiblement, Cavaillé désirait équilibrer le dosage des Mixtures entre les claviers, ce qui est logique – mais il propose... et le client dispose ! On ne peut attendre d'un facteur qu'il refuse d'accéder au désir de son client, au moins dans une certaine mesure; car enfin, l'industrie de l'orgue n'est pas celle de l'automobile !...

Or, si les responsables de la construction d'un orgue refusaient d'adhérer aux propositions logiques d'un grand facteur, c'est qu'ils obéissaient, plus ou moins consciemment peut-être, à des courants d'évolutions psychologiques. Ce qui nous amène aux deux autres éléments dont il était question plus haut: mode et réaction.

Il existe, hélas ! une mode aussi pour la musique, et bien entendu, l'orgue n'échappe pas à cette sorte de loi sociale et arbitraire.Cependant, disons à la décharge de la mode, qu'elle est tributaire de l'évolution et des réactions.
Au cours du XIXème siècle, une évolution se dessina. Évolution naturelle de l'esprit humain, de la pensée. Le classicisme ayant épuisé une grande partie de sa sève avait besoin d'être renouvelé par une autre forme d'expression. Ce fut le romantisme. Mais à un niveau inférieur, l'époque classique avait donné une floraison abusive de musique de cour, mondaine, aimable, brillant reflet d'une époque révolue sur laquelle révolutions sanglantes et guerres avaient passé.

Et lorsque l'esprit de l'homme se meut sur les plans inférieurs, il n'évolue pas, il réagit seulement. Or la réaction contre l'esprit classique devint parfois excessive, comme généralement toute réaction; et elle donna naissance à une mode. Dans le domaine de l'orgue, par exemple, il était à la mode de proscrire les mixtures, les jeux aigus dont on avait abusé. Pour être au goût du jour, il était bon d'amasser les Fonds graves, sans s'inquiéter le moins du monde d'équilibrer les familles de jeux. Coloration qui convenait d'ailleurs à l'esthétique de la musique de ce temps, comme on le verra dans la deuxième partie de cette étude [c'est cette deuxième partie qui n'a pu être retrouvée].

Actuellement, notre époque étant plus intellectuelle que sensible, la mode rebondit à l'autre extrémité de l'échelle sonore, si l'on peut dire ! Aux niveaux inférieurs, cette réaction inverse, exaspérée... et exaspérante, est impitoyable. Elle n'est d'ailleurs pas toujours lucide. Il est intéressant de noter à ce sujet la mise en garde sans équivoque de Norbert Dufourcq (« L'Orgue » n° 98).
Cependant, sur les plans supérieurs, l'évolution continue sans se soucier de ces soubresauts passagers et de ces modes qui dégénèreront elles-mêmes en snobisme.

Avant d'aborder l'esthétique des oeuvres musicales de l'Orgue symphonique, et pour en finir avec ce point d'esthétique de la facture romantique, il faut bien comprendre ceci: être pour ou contre l'orgue romantique, disons l'orgue de Cavaillé-Coll, puisque son génie a dominé toute une époque, ou être pour ou contre l'orgue « outrancièrement baroque », revient à poser le problème de cette façon:

- ou l'on aime un instrument de musée, et c'est le droit de chacun, on aime alors un instrument qui tente de reconstituer fidèlement (?...) la musique d'une époque, mais ne permettant pas à la musique d'orgue de se développer, et c'est là un grand danger. Certes il est intéressant de jouer un orgue d'époque, authentique, on y apprend à connaître un passé, de même qu'on aime visiter un vieux château, mais ce n'est pas la vie. La vie, c'est l'évolution, le développement, et qui ne se développe pas, meurt ! Néanmoins ce type d'instrument peut servir aux amateurs, ou aux organistes qui n'ont pu faire les études nécessaires à l'acquisition d'une véritable technique de l'orgue, ou encore à ceux qui ne s'intéressent pas à la composition, mais il ne peut servir qu'à ceux-là.

- Ou bien l'on aime l'orgue en musicien, et dans ce cas, comment ne pas préférer faire chanter ces jeux harmoniques (ah ! ce terme qu'un organiste bien pensant ne saurait plus admettre dans son vocabulaire !... et pourtant ils sont là, ces jeux, avec toute leur incomparable beauté !...). Comment ne pas aimer ces trompettes, ces flûtes, dont la noblesse et le velouté émeuvent et... - disons ce mot qui fait rougir et dont on ignore souvent le sens exact d'ailleurs... - inspirent ! Comment ne pas préférer ces jeux harmonieux à l'acidité de pleins-jeux excessifs qui crissent de toute part tel du verre pilé et qui dessèchent la muse des improvisateurs autant que leur sonorité dessèche la musique.

Enfin, il faut aimer l'orgue en regardant l'avenir et c'est pourquoi, loin de revenir en arrière, il faut que notre instrument continue à évoluer sur la voie tracée par Cavaillé-Coll dans le domaine matériel de l'orgue, c'est-à-dire que tout ce qui peut faciliter la tâche ardue de l'organiste et rendre plus aisée la manipulation d'une console pour en obtenir plus de souplesse encore, se doit d'entrer dans les moeurs de tout organiste digne de ce nom. C'est ainsi qu'une console électrique bien comprise, à la condition qu'elle soit aussi sûre qu'une console des meilleures firmes américaines, doit, de nos jours, faire partie des acquisitions du XXème siècle. Sinon... pourquoi ne pas porter encore les robes à paniers, et, pour ces messieurs, leurs perruques poudrées ?...

Rolande FALCINELLI
Organiste du Grand Orgue de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre,
Professeur d'orgue au Conservatoire National Supérieur de Paris
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