■ |
Negli archivi personali di Rolande Falcinelli, il musicologo Stéphane Detournay ha ritrovato il manoscritto della minuta di una lettera indirizzata al Ministro della Cultura. Il dossier in cui questo documento è stato ritrovato consente di datarlo al 1968, senza maggiore precisione. La letterra fa seguito, probabilmente, a un litigio scoppiato durante una seduta, al Ministero, della Commissione degli organi. |
■ |
Dans les archives privées de Rolande Falcinelli, le musicologue Stéphane Detournay a retrouvé la minute manuscrite d'une lettre adressée par elle au Ministre de la Culture. Le dossier dans lequel a été retrouvé ce document permet de le dater de 1968, sans plus de précision. La lettre est probablement consécutive à un conflit ayant éclaté lors d'une séance de Commission des Orgues au Ministère. |
■ |
The Musicologist Stéphane Detournay discovered in Rolande Falcinelli’s private archives the manuscript of a letter, addressed to the French Minister of Culture. This document was classified in a file dated around 1968, at the best estimate, and it probably follows an argument during a meeting held at the Ministry’s Organ Commission. |
Lettre de Rolande Falcinelli
au Ministre de la Culture française
J'estime pour ma part, Monsieur le Ministre, que le différend qui nous oppose à ce groupe, formé en majeure partie d'amateurs, dépasse l'atteinte portée à notre dignité d'artiste.
En réalité, ce qui, au-delà de nos personnalités, est visé, c'est l'orgue lui-même, la vie de l'orgue. Je m'explique: si ces gens avaient toute liberté d'agir selon leurs aspirations, je peux affirmer que dans quelques décennies, il n'existerait plus, pour notre instrument, de possibilité de développement, d'évolution; son avenir serait alors complètement obturé.
En effet, non contents de prétendre remettre debout, vaille que vaille, des tuyaux trop vétustes pour rendre un son musical, ils voudraient édifier partout (et malheureusement ils y réussissent parfois) des orgues neuves, construites selon des conceptions périmées et sur lesquelles on peut, au plus, jouer la musique de Bach. N'est-ce pas le plus aveugle recul qui soit en matière de musique, et – à ma connaissance – seul, de nos jours, le domaine de l'orgue est victime d'une telle négation de l'avenir.
Or, leur influence n'est déjà que trop nocive, et là, Monsieur le Ministre, c'est le professeur qui parle, car je porte la responsabilité de cette jeunesse qui construira l'avenir de notre instrument.
Aussi longtemps que les élèves sont dans ma classe, sous mon autorité, je peux lutter contre ces influences: explications, exemples me permettent de leur démontrer combien néfastes et aberrantes peuvent être de telles théories ; mais dès leur sortie de la classe, happés par cette foule d'ignorants, de snobs, attirés aussi par des succès faciles, ils risquent de perdre toute notion d'équilibre !
À cause de cela, j'ai le plus grand mal à accomplir ma tâche d'éducatrice. Depuis des années, je vois le danger se préciser, je lutte tant que je le peux, mais je vois l'avenir de l'orgue fort sombre si je ne suis pas aidée dans cet apostolat; et que deviendra-t-il alors, si les milieux officiels semblent nous désavouer !...
Rolande Falcinelli
Professeur d'orgue au C.N.S.M. de Paris
Titulaire du G.O. de la Basilique du
Sacré-Coeur de Montmartre